Mon mari est parti il y a cinq ans. J'ai cru que cette partie de moi était partie avec lui.
Je n'en avais jamais parlé à personne. Même pas à ma sœur. Mais si une seule femme de mon âge se reconnaît, ça aura valu la peine d'écrire ces lignes.
Par Francine L., 72 ans, Trois-Rivières
Francine a été mariée 44 ans. Elle partage cette histoire pour la première fois.

Le soir où j'ai compris
Un dimanche de février. 22 h 10.
J'ai éteint la télé. J'ai monté l'escalier en tenant la rampe, comme d'habitude. Je me suis couchée de mon côté.
Et dans le noir, par réflexe, j'ai tendu la main vers le sien.
Le drap était froid.
Cinq ans, et ma main n'avait pas encore compris.
Je suis restée comme ça longtemps. Le cœur qui cognait. Une chaleur au visage que je n'arrivais pas à expliquer. Pas juste de la peine. Autre chose. Quelque chose que je n'avais pas ressenti depuis tellement longtemps que je ne savais plus quel nom lui donner.
Je me suis dit ce que je me disais toujours :
« Voyons, Francine. À ton âge. C'est fini, ces affaires-là. »
Sauf que ce soir-là, je ne me suis pas crue.
Parce que la vérité, celle que je n'aurais jamais dite à voix haute, c'est que ce n'était pas seulement Gilles qui me manquait.
C'était moi.
La femme que j'étais avant. Celle qui avait un corps, pas seulement des genoux qui craquent et des rendez-vous chez le médecin. Celle que personne ne regardait plus. Moi la première.
Ce que j'ai fait (ou pas fait)
Je vais être honnête. Je n'ai pas « tout essayé ». Je n'ai presque rien essayé. C'est ça, la vérité.
Mon médecin de famille. J'ai pris mon courage à deux mains, à la fin d'un rendez-vous pour ma pression. J'ai dit, en regardant mes souliers : « Je me sens… éteinte. De ce côté-là. » Il a souri gentiment, sans lever les yeux de son écran. « C'est normal à votre âge, madame. » Puis il m'a imprimé ma prescription. Je suis sortie plus petite que je suis entrée.
La boutique. Il y en a une à Montréal, près de chez ma fille. Je suis passée devant trois fois en deux ans. Une fois, je me suis arrêtée devant la vitrine. Une jeune vendeuse aux cheveux roses m'a souri à travers la vitre. J'ai fait semblant de chercher l'arrêt d'autobus.
Internet, à 2 h du matin. J'ai tapé des mots que je n'aurais jamais dits. Ce que j'ai trouvé m'a découragée encore plus. Des affaires de couleur fluo. Des noms en anglais. « 19 vitesses », « 12 modes », des boîtes qui avaient l'air de bébelles de piscine. Rien qui ressemblait à une femme de mon âge. J'ai fermé l'ordinateur avec l'impression d'avoir fait un mauvais coup.
Et puis, un soir, j'ai effacé mon historique. J'ai rangé tout ça dans un tiroir de ma tête et j'ai décidé que c'était réglé.
Accepte-le, Francine. Ce chapitre-là est fini.
Ce que personne ne voyait
De l'extérieur, j'allais très bien. Le club de marche le mardi. Les petits-enfants le dimanche. Le bénévolat à la paroisse.
J'étais devenue « Grand-maman Francine ». Je l'aime, ce nom-là. Mais à un moment donné, c'était devenu le seul.
Je ne m'achetais plus rien de beau. Pourquoi faire ? Mes chemises de nuit en satin étaient au fond du garde-robe, sous les draps d'été. Je me maquillais pour les funérailles et les baptêmes, c'est tout.
Ma fille m'a demandé un jour : « Maman, as-tu pensé à refaire ta vie ? » J'ai ri. « Voyons donc, Julie. Je suis bien de même. »
Je ne l'étais pas.
Le pire, c'est à l'automne. Au Tim Hortons, après la marche, mon amie Pierrette, 69 ans, veuve elle aussi, m'a regardée par-dessus son café :
« Francine… T'ennuies-tu de Gilles ? »
J'ai ouvert la bouche pour dire oui. Ce qui est sorti, c'est :
« Je m'ennuie surtout de moi. »
Elle n'a rien dit. Elle a juste posé sa main sur la mienne. Et elle a eu un drôle de petit sourire, comme si elle savait quelque chose.

Ce que Pierrette m'a dit en baissant la voix
Une semaine plus tard, même table, même café. Pierrette a regardé autour, puis elle s'est penchée vers moi.
« Je vais te dire de quoi, mais tu vas me promettre de ne pas rire. »
Ses deux sœurs lui avaient offert un cadeau pour sa fête. Un cadeau « de femme ». Elle l'avait laissé dans la boîte un mois avant d'oser l'ouvrir.
« Fran, je pensais que c'était fini pour moi aussi. C'était pas fini. Pantoute. »
J'étais rouge jusqu'aux oreilles. Mais je l'ai laissée parler. Et ce qu'elle m'a expliqué, je ne l'avais jamais entendu nulle part :
« Ceux qu'on voit partout ne font qu'une seule affaire à la fois. Une seule sensation. Alors on cherche, on s'énerve, on se dit que c'est nous le problème. Celui-là en fait trois en même temps, tout en douceur. Pis il n'y a rien à comprendre : tu choisis Soft, il s'occupe du reste. »
Trois sensations en même temps. La triple sensation, qu'elle appelait ça, comme sur la boîte.
En gros, si j'ai bien compris : ce n'était pas mon corps qui était « fini ». C'étaient les affaires qu'on vend en vitrine qui n'étaient pas pensées pour nous. Une seule note, quand il en faut trois.
Je n'ai pas demandé le nom. J'étais trop gênée.
C'est elle qui me l'a texté le soir même. Un seul mot : Sensora.
Pourquoi j'ai failli ne pas le faire
J'ai regardé le lien. J'ai fermé mon téléphone. Je l'ai rouvert le lendemain. Je l'ai refermé.
Ma tête avait une liste de raisons de dire non, et elle était longue.
« C'est sûrement une arnaque. » À mon âge, on en entend parler tous les jours. J'ai fait ce que mon gendre m'a appris : j'ai cherché le nom de la compagnie, j'ai lu les avis, j'ai regardé les politiques. Garantie à vie. Retour possible pendant 30 jours. Et surtout : je pouvais payer avec PayPal, sans donner ma carte de crédit à personne. Ça, ça m'a calmée.
« Je ne saurai jamais m'en servir. » Deux boutons. Trois routines déjà prêtes. Un petit guide en français dans la boîte. Moi qui ai encore de la misère avec la manette de la télé, je me suis dit : bon. Ça, je suis capable.
« Le facteur. La voisine. Le relevé de carte. » Carton brun, aucun logo, aucun mot sur la boîte. Un libellé discret sur le relevé. Personne n'a besoin de savoir.
« C'est de l'argent. » 129,90 $. Moins que ce que j'ai payé pour mes dernières lunettes. Et mes lunettes ne m'ont jamais fait sentir vivante.
J'ai commandé un jeudi soir, à 23 h, en robe de chambre, le cœur qui débattait comme une adolescente.
Le lendemain matin, j'ai voulu annuler. J'ai même ouvert le courriel pour le faire.
Je ne l'ai pas fait. Je ne sais pas trop pourquoi. Peut-être que la Francine d'avant m'a retenu la main.
Les premiers jours
Le colis. Il est arrivé par Postes Canada. Une boîte brune, toute simple. Le facteur m'a dit « Bonne journée, madame Francine », comme d'habitude. Il ne savait rien. Personne ne savait rien.
Le premier soir. Je l'ai sorti de la boîte. Je l'ai regardé. Il est doux, beige, plus petit que je pensais. Rien de gênant à voir. On dirait un bel objet de salle de bain. J'ai lu le guide deux fois. Et je l'ai remis dans le tiroir de ma table de nuit.
Je n'étais pas prête. Et c'est correct.
Le troisième soir. J'ai fermé les rideaux. J'ai choisi Soft, comme Pierrette m'avait dit. Et honnêtement ? Rien de spectaculaire. Une douceur. Une chaleur. Mais pas de miracle. J'ai pensé : bon, au moins j'aurai essayé.
La deuxième semaine. Quelque chose avait changé, et ce n'était pas seulement la nuit. Je me suis surprise à fredonner en faisant la vaisselle. Ma fille m'a dit au téléphone : « T'as l'air de bonne humeur, toi. » J'ai dit que c'était le soleil.
Et puis il y a eu ce mardi-là.
Il était tard. J'avais pris Duo, pour la première fois. Je ne vous ferai pas de dessin. Je vous dirai seulement qu'à un moment donné, toute seule dans le noir, je me suis mise à rire.
Puis à pleurer.
Pas de peine. De soulagement.
Parce que je venais de comprendre ce que mon médecin, la vitrine et internet ne m'avaient jamais dit :
Ce n'était pas fini. Ce n'était pas parti. Ça attendait juste que quelqu'un s'en occupe.
Et ce quelqu'un-là, c'était moi.

Aujourd'hui
Ça fait maintenant un peu plus de deux mois.
Je ne vais pas vous dire que ma vie a changé du tout au tout. Je suis encore veuve. J'ai encore mal aux genoux. Gilles me manque encore, tous les jours.
Mais il y a des petites choses.
J'ai ressorti mes chemises de nuit en satin.
J'ai mis du rouge à lèvres pour aller à l'épicerie. Un mardi. Pour rien. Pour moi.
Pierrette et moi, on a un code, maintenant. Au Tim, elle me demande : « Pis, la routine ? » Et on rit comme deux écolières pendant que les autres se demandent ce qui se passe.
Hier soir, dans le noir, j'ai tendu la main vers son côté du lit. Par habitude.
Le drap était froid.
Mais moi, je ne l'étais plus.
À vous qui lisez ceci
Je sais que vous hésitez. Je le sais parce que j'étais exactement à votre place il y a trois mois, assise dans mon lit, avec ce même texte que vous êtes en train de lire.
Vous vous dites que vous êtes trop vieille. Moi aussi. J'ai 72 ans. Pierrette en a 69. Une dame m'a écrit qu'elle en a 79.
Vous vous dites que vous ne saurez pas vous en servir. Moi aussi. Deux boutons. Soft, c'est tout ce que vous avez à retenir le premier soir.
Vous vous dites que c'est peut-être une arnaque. Moi aussi. Payez avec PayPal si ça vous rassure, c'est ce que j'ai fait. Et si ça ne vous convient pas, vous avez 30 jours pour le retourner.
Vous vous dites que ce n'est pas pour une femme comme vous. C'est exactement ce que je pensais. C'est la phrase qui m'a volé cinq ans.
La seule différence entre la Francine de février et celle d'aujourd'hui, c'est un jeudi soir à 23 h où j'ai décidé de ne plus faire semblant.
Vous n'êtes pas obligée de décider ce soir. Mais ne vous dites pas que c'est fini. Ce n'est pas fini.
Mise à jour · 27 octobre 2026
Je ne pensais jamais que ce texte serait lu par autant de monde.
Depuis août, j'ai reçu plus de 400 messages. Je les ai tous lus, un par un, avec mes lunettes et un café.
Une dame de 77 ans m'a écrit que ce serait la première fois de sa vie, et qu'« il y a un début à tout ». Une autre, 75 ans, m'a écrit qu'« il vaut mieux tard que de toujours en avoir envie ». Celle-là, je l'ai collée sur mon frigo.
Plusieurs m'ont dit qu'elles avaient mis ça de côté depuis des décennies. Que « tout est tranquille de ce côté-là depuis deux ans ». Que la gêne les empêchait d'aller en boutique.
Et, je ne m'y attendais pas, plusieurs maris. Des hommes de 70, 80 ans qui voulaient faire une surprise à leur femme pour Noël. Je trouve ça beau, moi.
Presque toutes me demandent la même chose : le lien. Je vous le mets en bas de la page, avec ce que contient la boîte. La dernière fois que j'ai regardé, il y avait encore la moitié du prix de rabais. Je ne sais pas combien de temps ça va durer.
Prenez soin de vous. Pour vrai.
Francine
Commentaires (8)
Ginette, 74 ansil y a 2 jours
J'ai lu votre texte trois fois. Le drap froid… c'est moi, ça, depuis six ans. Merci d'avoir osé.
FrancineAutrice
Ginette, vous n'êtes pas toute seule. On est beaucoup plus nombreuses qu'on pense.
Claudetteil y a 3 jours
Excusez-moi, mais c'est-tu une publicité déguisée, votre affaire ?
FrancineAutrice
Je comprends la question, je me la serais posée aussi. Ce carnet est publié avec Elyorae, c'est écrit en bas de la page. Mais le drap froid, le Tim Hortons, Pierrette : ça, c'est ma vie. Payez avec PayPal si vous voulez être tranquille.
Lucie, 68 ansil y a 4 jours
Est-ce que les explications sont en français ? Mon anglais est pas fameux.
FrancineAutrice
Oui, il y a un petit guide en français dans la boîte. Moi aussi, c'était ma peur.
Réjeanil y a 5 jours
J'en ai commandé un pour ma femme pour Noël. 46 ans de mariage. Est-ce que la boîte est vraiment neutre ? Je ne veux pas gâcher la surprise.
FrancineAutrice
Carton brun, aucun logo, rien d'écrit. Votre femme est chanceuse, Réjean.
Monique, 71 ansil y a 1 semaine
J'habite en condo, les murs sont minces. Est-ce que ça s'entend ?
FrancineAutrice
Il est discret. Moi, je mets la radio pas fort et personne n'a jamais rien remarqué.
Dianeil y a 1 semaine
Je n'ai pas de carte de crédit, juste PayPal. Est-ce que ça marche ?
FrancineAutrice
Oui, c'est comme ça que j'ai payé.
Nicole, 66 ansil y a 2 semaines
J'ai commandé après avoir lu votre texte en septembre. Ça fait trois semaines. Je ne vous mentirai pas, le premier soir j'étais gênée toute seule dans ma chambre ! Mais là… disons que je comprends votre histoire de rouge à lèvres.
Pierretteil y a 2 semaines
Fran, tu m'avais promis de ne pas rire. Tu as écrit un texte au complet. Je t'aime pareil.
FrancineAutrice
Mardi, c'est moi qui paie le café.
LE LIEN DE FRANCINE
Ce que Francine a reçu dans sa boîte
- Sensora, l'appareil à la triple sensation : trois sensations en même temps, tout en douceur, au lieu d'une seule.
- 3 routines prêtes : Soft, Duo, Intense. Deux boutons. Rien à régler.
- Un guide en français dans la boîte.
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- Colis brun sans logo, libellé discret sur le relevé, numéro de suivi par courriel.
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